Pari fou ou cap osé ?

Objectif 100 millions de cols pour les crémants en 2025 !

27/04/2018

« Même si l'on n'atteint 90 millions de cols, cela permettra aux marchés d'avoir des volumes réguliers » estime Franck Vichet (au centre), ce 26 avril à Bordeaux.
Ne manquant pas d’ambition, les huit appellations mousseuses souhaitent stabiliser leur approvisionnement pour se positionner sur des marchés porteurs, et gagner en valeur.

« Il ne faut plus faire du yo-yo. Chaque région doit produire un peu plus de volumes. Et réussir à bien les valoriser ! » se fixe comme cap Franck Vichet, le président de la Fédération Nationale des Producteurs Élaborateurs de Crémants (FNPEC). Ce 26 avril à Bordeaux, les huit appellations de crémants* ont tenté de se fixer une ambition commune à l’occasion de leur assemblée générale. En chiffre, cela se traduit par la volonté d’atteindre le cap des 100 millions de cols en 2025. Que ce soit en commercialisation (avec une hausse de +26 % par rapport à 2017) ou en production (à 750 000 hl, +15 %).

Pour appuyer le réalisme de cette ambition, la FNPEC souligne que les crémants affichent de belles progressions depuis 2010 : +10 % de la production (arrivant à 618 200 hl en 2017) et +10 millions de cols commercialisés (pour 62,2 millions de bouteilles). Mais suite à l’annonce des 100 millions de cols en 2025, les réactions sont plus circonspectes dans la salle. Les carences chroniques en volumes semblant même couper l’élan avant même son envol.

Production irrégulière

Ressemblant à une silhouette de montagnes russes, la production de crémants est en effet particulièrement irrégulière. Alors que la courbe des commercialisations tend à croître constamment, les crémants ne manquent pas de paradoxes bloquants. « Les prix sont à la fois trop hauts et trop bas. Avec les petites récoltes, le cours des moûts et vins de base augmente notre coût de revient et diminue notre compétitivité » explique Agnès Vitteaut, la gérante de la maison bourguignonne Vitteaut Alberti. Visant des marchés de niche, l’œnologue souligne qu’« il y a un problème d’approvisionnement. Il y a des marchés, mais il faut de la matière première. »

« Notre risque majeur, c’est le déficit de production. En 2017, nous avons fait un gros effort pour produire 15 000 hl (-29 % par rapport à 2016). En 2018, nous devons impérativement produire 30 000 hl pour saturer notre outil de production » se fixe Dominique Furlan, le président de la cave de Saint-Pey Génissac (UG Bordeaux). Également président du syndicat des crémants de Bordeaux, il évoque que « comme d’autres, on travaille à des aménagements des rendements de notre cahier des charges, pour créer des réserves. »

"Vecteur de marge"

Alors que les crémants aspirent à remplacer les champagnes à 10-14 €/col ,mais se heurtent à un plafond de verre des 8-10 €, les modalités de la montée en gamme deviennent essentielles. « Nous avons loupé l’innovation de la consommation "on ice". Nous sommes convaincus qu’un vecteur de marge est la bio. Nous avons 100 ha certifiés et avons l’ambition d’accroître cette surface » illustre Christophe Botté, le directeur de la cave du Roi Dagobert (Union Alliance Alsace). Une différenciation par les pratiques environnementales serait une bonne stratégie de valorisation conseille Serge Papin, le directeur général de Système U intervenant en tant qu’invité-expert. « Pour valoriser à 10 € vos bouteilles, il faut un projet pour ne pas en rester qu’à la vision. Il y a une place pour les effervescents sans résidus de pesticides. Ce créneau étant compliqué pour la Champagne » explique le commerçant.

Serge Papin préconise également le lancement d’un projet de marque, qui mettrait en avant le terme Crémant pour éduquer les consommateurs. « L’idée de communiquer sur la marque crémant pour porter nos huit appellations est intéressante. Elle permettrait d’allouer un budget collectif à un marketing et une promotion à un concept porteur » esquisse Franck Vichet, préparant de prochains débats.

 

* : Soit les AOC crémants d’Alsace, de Bordeaux, de Bourgogne, de Die, du Jura, de Limoux, de Loire et de Savoie.

 
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