90 ans après

Quand Hitchcock trempait sa caméra dans une coupe de champagne

15/08/2018

En une poignée de secondes, Alfred Hitchcock réalise un enchaînement visuel magistral.
Avant de devenir le maître du suspense, le réalisateur anglais a signé des films qui ne sont pas tous à la hauteur de sa réputation. Comme ce film muet inégal, dont la forme effervescente compense un fond éventé.

Champagne ? « Ça, c’est probablement ce qu’il y a de plus bas ma production » soupirait le réalisateur anglais Alfred Hitchcock dans ses entretiens avec son homologue français François Truffaut*. Sorti en août 1928 sur les écrans anglais, ce film est effectivement médiocre avec son scénario faible et son rythme inégal, mais cette comédie reste plaisante dans sa mise en scène inventive.
De l’introduction à la conclusion du film muet, les toasts s’enchaînent à forte cadence.

Témoignant de la maestria d’Alfred Hitchcock dans le montage, l’une des scènes les plus marquantes ouvre le film. En quelques secondes, une bouteille de champagne est débouchée, de face, par une main experte, puis servie dans une coupe, filmé de côté. Le verre est alors saisi et vidé, du point de vue du buveur, la salle de bal d’une croisière apparaissant progressivement au fond de la coupe, avant que l'on ne découvre le visage du dégustateur et de ce qu’il voit, un numéro de danse énergique. Ce point de vue original à travers est repris lors de la conclusion de Champagne, permettant sans doute à Alfred Hitchcock de rentabiliser le verre géant fait sur-mesure pour obtenir ce plan inédit.

"Pourquoi nous ne ferions pas un film qui s’appellerait Champagne ?"

Si la forme prend autant d’importance dans ce film, il faut reconnaître que c’est faute d’histoire pour le rendre captivant, l’orientation du scénario ayant changé du tout au tout. À l’origine de ce film muet, « je crois que quelqu’un m’a dit : "pourquoi nous ne ferions pas un film qui s’appellerait Champagne" ? » rapporte Alfred Hitchcock à François Truffaut. Le réalisateur anglais avait à l’origine une autre idée d’histoire : « j’avais imaginé un début de film assez démodé, l’histoire d’une jeune fille qui va dans la grande ville ».

Scénario sermon

« J’avais imaginé de montrer la fille qui travaille à Reims et qui cloue des caisses de champagne. Tout ce champagne est chargé sur des trains et elle n’en boit jamais, elle le regarde. Ensuite, elle irait en ville et suivrait le trajet du champagne, les boîtes de nuit, les soirées, naturellement elle en boirait elle-même et, finalement elle reviendrait à Reims reprendre son métier et elle n’aurait plus aucune envie de boire du champagne. À cause du côté moralisateur probablement, j’ai abandonné cette idée » explique Alfred Hitchcock.

À la place de ce scénario sermon, le film a pris le parti d’une comédie brouillonne et frivole, sur une histoire de Walter C. Mycroft. Un milliardaire américain se fatigue des facéties de sa fille, Betty, qui rejoint sur un coup de tête son amant en France. Persuadé que le jeune homme n’en veut qu’à sa fortune, le milliardaire rejoint sa fille à Paris et lui fait croire qu’il est ruiné pour lui donner une leçon de vie. Ses bijoux ayant été dérobés, Betty se met à travailler dans un cabaret pour gagner sa vie et venir en aide à son père. Apprenant la supercherie, la jeune fille rejette son père, qui autorise, après de nouveaux rebondissements, Betty à se marier avec son amour. Et tout finit au fond d'une coupe de champagne.

 

* : Hitchcock/Truffaut, édition définitive 1993 (éditions Gallimard).

 
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